Lorsque le visiteur, après s’être imprégné des beautés de cette admirable ville d’Art qu’est Mirepoix
avec ses couverts préservés et leurs fascinantes sculptures, pénètre enfin dans la cathédrale Saint-Maurice,
celui-ci ne peut qu’être frappé par la majesté de ses vastes proportions.
S’avançant vers la grande nef unique,
une des plus large en Europe (22 mètres !), notre visiteur peut enfin en se retournant,
contempler l’immense façade néo-gothique de l’orgue, véritable oeuvre d'art au-dessous de la rose flamboyante.
Rappelons tout d’abord qu’un autre orgue existait antérieurement. Erigé en 1614 au-dessus de la chapelle de Sainte Christine,
il était de modestes dimensions (18 jeux sur deux claviers, apparemment sans pédale).

Après transformations par le facteur François Dufay de Lyon en 1693 puis par Monbrun
(auteur de l’orgue de Montréal d’Aude) en 1739, il faut attendre le dix-neuvième siècle,
jusqu’à la restauration de la cathédrale (1858-67),
pour apprendre que cet instrument fut démonté et remisé dans les salles de l’évêché.
En 1882, le chanoine Gaston, curé-doyen de Mirepoix racheta l’orgue Puget des Prémontrés
de l’Abbaye de Frigolet alors déserte, instrument d’une vingtaine de jeux que l’on projette d’installer
sur le mur occidental. En 1884, ce mur du fond est donc percé pour y loger cet orgue qui
en réalité n’y prendra jamais place. En effet des difficultés survinrent alors avec la
maison Puget et après la mort du curé en 1886, le chanoine Barbe fut mis en relation,
par l’intermédiaire de la nonciature de Munich, avec les frères Link de Giengen sur Brenz
dans le sud de l’Allemagne qui proposèrent leur projet.
C’est cet important instrument de 40 jeux et 2400 tuyaux,
répartis sur 3 claviers et pédalier, qui trône encore fièrement sur le large emplacement
dont les boiseries furent accordées au style gothique de l’ensemble de la cathédrale.
Cet instrument fut conçu, réalisé et monté sur place sous la responsabilité
de Wilhelm Eugen Link (1855-1940),

dont le père, Paul né en 1821, s’éteignait l’année même
de l’achèvement de l’orgue de Mirepoix en 1891.
Ce dernier avait été avec son frère Johannes,
élève du grand facteur Eberhard Friedrich Walker (1794-1872),
précurseur et chef de file de la corporation au dix-neuvième siècle en Allemagne.
L’orgue de Mirepoix porte d’ailleurs par bien des aspects,
les traces de cette remarquable filiation.
Curiosité sous le ciel ariégeois,
cet opus 171 de la maison Link est exceptionnel à plus d’un titre.

Il est en effet le plus grand instrument allemand de cette période construit pour la France et a, par chance,
échappé à toute transformation, conservant sa totale intégrité. Cette réalisation est
enfin une œuvre d’art tout à fait unique, recherche de synthèse équilibrée entre les esthétiques françaises et allemandes.
Cette création, si elle ne renie pas les caractéristiques
stylistiques essentielles de son pays d’origine est aussi un hommage appuyé à l’art
français et son plus haut représentant : Aristide Cavaillé-Coll.
A ce propos, Louis Courtade, organiste de la métropole de Toulouse ayant inauguré l'orgue Link en 1891
fit cet éloge au Curé de l'époque :
"
Monsieur le curé je vous félicite, vous pouvez désormais vous enorgueillir d'un instrument tout à fait remarquable (...)
et pour les jeux de fonds, monsieur Cavaillé-Coll lui-même ne vous en aurait fourni de meilleurs."
Cette dernière particularité accuse encore la rareté de l'orgue de Mirepoix, y compris en Allemagne.
Après bien des péripéties, cet instrument plus que centenaire nous est parvenu
avec la totalité de sa tuyauterie, d’une qualité remarquable et de sa mécanique dont le système à pistons,
plus rare dans nos contrées a fort heureusement découragé les « bricoleurs » ou les facteurs peu scrupuleux.